Plus beau que le silence ?

Timg-9887outes les semaines je me disais allez, si, je reprends le blog. Résultat : pas de billet depuis le 18 février, il faut bien se rendre à l’évidence, je n’écris plus dans ces colonnes. Ce ne sont pourtant pas les élans qui manquent.

Mais témoigner, raconter, citer, me semble maintenant éloigné de ce que j’ai à faire pour continuer à évoluer ; après des décennies d’activité excessivement mentale, je sais bien que la suite se passera dans le corps, le ressenti, le vécu, là maintenant. Et ce ne sont pas toutes les citations postées ici qui m’ont aidée à être dans cet ici et maintenant. Les mots sont creux s’ils ne sont ressentis, comme dans une prière.

Alors je mets entre parenthèses mon envie de témoigner, pour me mettre, vraiment, au boulot à l’intérieur. Ensuite, je vous… raconterai !

Comme le hasard n’existe pas, je viens justement de lire cette phrase aujourd’hui : « Si ce que tu as à dire n’est pas plus beau que le silence, tais-toi« .

Chut !
Anne

 

Mais la nature est là

Tes jours, sombres et courts comme les jours d’automne,
Déclinent comme l’ombre au penchant des coteaux ;
L’amitié te trahit, la pitié t’abandonne,
Et seule, tu descends le sentier des tombeaux.
Mais la nature est là qui t’invite et qui t’aime ;
Plonge-toi dans son sein qu’elle t’ouvre toujours
Quand tout change pour toi, la nature est la même,
Et le même soleil se lève sur tes jours.De lumière et d’ombrage elle t’entoure encore :
Détache ton amour des faux biens que tu perds ;
Adore ici l’écho qu’adorait Pythagore,
Prête avec lui l’oreille aux célestes concerts.

Suis le jour dans le ciel, suis l’ombre sur la terre ;
Dans les plaines de l’air vole avec l’aquilon ;
Avec le doux rayon de l’astre du mystère
Glisse à travers les bois dans l’ombre du vallon.

Dieu, pour le concevoir, a fait l’intelligence :
Sous la nature enfin découvre son auteur !
Une voix à l’esprit parle dans son silence :
Qui n’a pas entendu cette voix dans son coeur ?

Alphonse de Lamartine, Méditations poétiques

Faut-il vraiment cultiver son jardin ?

Faut-il vraiment cultiver son jardin ?

Ca fait des années que je me demande à quel moment l’humanité s’est mise à débloquer, à contrarier la nature des choses et le flux de la vie. Et un moment que je louche sur la période où nous avons cessé de nous en remettre à la Source pour notre nourriture quotidienne et avons commencé à cultiver plutôt que cueillir et nous sédentariser plutôt que suivre la nourriture où elle se trouvait. Là, il y a rupture de confiance en la source, et volonté de tout gérer soi-même : culture, stockage, sédentarisation, engrais, échanges, crochet du droit si tu viens becqueter mes réserves.

Et voilà qu’en relisant Nature et spiritualité de Jean-Marie Pelt, je tombe sur son explication de l’histoire de Caïn et Abel : pourquoi, en effeet, Dieu a-t-il accepté l’agneau offert par Abel, berger nomade, mais refusé l’offrande de céréales de Caïn, cultivateur sédentaire ?

« Pour cultiver il faut labourer, donc user d’un soc et savoir travailler le métal. Et qui dit céréales dit capacité de stockage, donc construction de greniers ; mais aussi, du même coup, création d’une fonction de surveillance ; on dirait aujourd’hui : de police. Tandis qu’ici la récolte est abondante, là-bas règne la disette. Commencent donc les échanges entre ceux qui ont stocké et ceux qui sont en manque. Naît alors le commerce. On troque d’abord, puis on invente les comptes, les chiffres, l’écriture. L’humanité s’organise en société sédentaire, bientôt urbaine. Caïn symbolise tout cela. »

Hum.

Parole et musique

Selon les Purana, textes très anciens consignant les légendes symboliques de l’Inde, « Les dieux étaient devenus querelleurs et Vac, la Parole sacrée, avait cherché refuge dans l’eau. Les dieux la réclamèrent et les eaux la leur restituèrent. Alors la Parole sacrée, fuyant les eaux, chercha refuge dans la forêt. A nouveau les dieux la réclamèrent, mais les arbres refusèrent de la leur rendre. Au lieu de cela, ils en firent don à l’humanité sous la forme d’instruments taillés dans les bois et qui chantent : le tambour, le luth, la flûte, le calame… », c’est à dire les instruments de musique et la plume de l’écrivain.

Jean-Marie Pelt, Nature et spiritualité, Le livre de Poche

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Enquête de sens

Avez-vous entendu parler de ce film, « Enquête de sens« , fait avec des bouts de ficelles et un financement participatif par deux amis d’enfance, Marc de la ménardière et Nathanael Coste ? Un petit bijou que j’ai eu le privilège de voir hier soir, avec en prime un échange avec Marc de la Ménardière en fin de projection. Sur le sens de la vie, donc. Et un retour à un essentiel présenté par Pierre Rabhi (merveilleux fondateur du mouvement des colibris), Vandana Shiva (prix Nobel alternatif, physicienne quantique qui défend aujourd’hui le droit des paysans à reproduire leurs plants eux-mêmes), Marianne Sébastien (chanteuse lyrique qui fait chanter les gens des bidonvilles sud-américains), etc.

Ze bouffée d’air frais ! Du genre : « ne cherchez pas qui va pouvoir vous employer, créez votre emploi ». Si vous êtes géographiquement proches des villes où le film va être projeté dans les jours/semaines qui viennent (voir ici), courez !

Ego et eneis

« Moi » est une notion très conceptuelle. « Moi » n’existe pas. Ce que j’étais il y a une seconde n’existe plus maintenant pour la simple raison que « je suis un ensemble de réactions qui s’agissent au fil des stimuli ».

Et il y a différents aspects de ce que j’appelle « moi », il y a des parts, il y a des aspects d’un être, qui sont assemblés dans une matrice de fonctionnements et qui, selon les circonstances, s’activent. (…)

Se prendre pour un « je » alors qu’il y a toujours au moins deux voix en nous qui parlent, c’est juste un manque de réalisme total. Et la seule stratégie que nos parts connaissent pour attirer notre attention, c’est de se coller à notre oeil. Et on est comme hypnotisé par la part qui a pris le dessus, la stratégie de chaque aspect étant toujours la même : un aspect qui veut qu’on l’écoute, qui craint de ne pas avoir sa place, va chercher à prendre toute la place pour qu’on l’écoute. C’est ce qui nous donne l’illusion du « je ». Chaque aspect dit « je ». (…). Cela donne une illusion de continuité parce qu’il y a toujours un « je », mais en réalité il n’y a aucune continuité. Il y a des successions de personnages, de parts qui émergent et qui, très souvent, sont en opposition dans leur stratégie. (…).

Lorsqu’on découvre que l’on est un « eneis », un « nous », on va pouvoir commencer à fonctionner en mode sociocratique, en mode non violent, en mettant nos multiples aspects autour de cette table. (…). Si je n’écoute pas les besoins de chaque aspect, de chaque « je », je vais toujours payer le prix d’une décision prise de façon non « égologique », c’est-à-dire non reliée à l’ensemble de mes aspects.

Isabelle Padovani, dans le n° 93 de Nexus
(juillet-août 2014, j’an entrepris de tout relire tellement il y a des perles dans ce magazine).